Les Français seraient d’accord pour que les techniques médicales de procréation soient ouvertes aux femmes seules et aux couples d’homosexuelles. Les avis sont plus partagés sur la congélation d’ovocytes.
En Europe, chaque pays a sa propre législation sur la procréation médicalement assistée (PMA). Du coup, les pratiques sont assez différentes d’un pays à l’autre. Et il n’est pas rare de voir des couples infertiles partir à l’étranger pour bénéficier d’un cadre légal plus souple qu’en France.
En gros, on a d’un côté la France, l’Italie et l’Allemagne où la PMA reste « une réponse médicale à un problème médical », selon l’expression de Laurence Brunet, juriste à l’université Paris1. À l’inverse, l’Espagne et le Royaume-Uni sont beaucoup plus libéraux, ouverts aux couples homosexuels et aux célibataires.
Le sondage Odoxa, réalisé pour le compte de la clinique barcelonaise Eugin, montre ainsi des opinions très contrastées, en France, en Italie, en Allemagne, au Royaume-Uni ou en Espagne.
Oui à la PMA pour les femmes seules ou homosexuelles
Une majorité d’Européens y est favorable (59 % pour l’ouverture aux femmes seules, 57 % pour les femmes homosexuelles), mais l’opinion française est plus partagée. Si 60 % des personnes seraient d’accord pour que la PMA soit autorisée aux célibataires, seuls 54 % y sont favorables pour les couples homosexuelles.
Sur ce dernier point, les mentalités évoluent lentement et les contradictions demeurent. Ainsi, Marisol Touraine, ministre de la Santé, a annulé, le 8 juillet 2016, un texte de 2013 interdisant aux gynécologues d'inciter leurs patientes, homosexuelles en particulier, à partir à l’étranger pour obtenir un don de gamètes contre rémunération. "Toutes les femmes enceintes, quel que soit le mode de conception auquel elles ont eu recours, ont dans notre pays le même droit : celui de bénéficier d'un suivi médical de qualité, partout sur notre territoire", affirme la ministre. Mais en pratique, les médecins trop complaisants restent passibles de sanctions pénales.
Réticences sur le don de sperme et d’ovocytes
Neuf Européens sur 10 voient la PMA comme un réel progrès. Pour autant, ils ne sont pas prêts à donner leurs gamètes à des couples infertiles. 58 % des Français se disent très défavorables au don de sperme, essentiellement par manque d’informations. En Grande-Bretagne, la levée de l’anonymat en 2005 a découragé les volontaires.
En ce qui concerne le don d’ovocytes, 67 % des Françaises refusent de le faire. Le refus est massif en Grande-Bretagne (74 %) et en Allemagne (75 %). Deux raisons semblent freiner l’élan de générosité : le manque d’informations et la crainte du traitement médical nécessaire pour recueillir les ovocytes. Rien de tel chez les Espagnoles qui se disent prêtes à 58 % à faire ce geste.
Plus d'infos sur le don de sperme ou le don d'ovocytes.
Doutes sur la congélation d'ovocytes
Depuis quelques années, l’Espagne et la Grande-Bretagne autorisent la congélation d’ovocytes aux femmes qui, n’ayant pas encore rencontré le père de leurs enfants, s’inquiètent de leur horloge biologique. Le sujet divise. 51 % des Européens y sont favorables. La proportion est exactement la même en France. En revanche, les Allemands et les Italiens y sont farouchement opposés. Lorsqu’on cherche à comprendre les craintes, trois arguments ressortent : « c’est une technique contre-nature ou contraire à la religion », « cela conforte l’idée que la maternité nuirait à la carrière » et« cela revient à exploiter commercialement la détresse des femmes ».
Quant à l’idée émise par des entreprises comme Facebook ou Apple de prendre à leur charge les frais de cette congélation d’ovocytes, elle est peu appréciée : 61 % des Français sont contre (55 % des Européens).