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En trente ans, le nombre de femmes accouchant de jumeaux ou triplés a doublé en Limousin. Mais les naissances multiples ont désormais tendance à stagner. Explications.
Au milieu des années 1980, une cinquantaine de femmes domiciliées en Limousin mettaient au monde chaque année des jumeaux ou triplés, d’après l’Insee. Elles sont désormais le double : 97 en 2014. Cette augmentation du nombre de naissances multiples ne doit rien au hasard.
Le rôle des traitements médicaux contre l’infertilité, initiés dès les années 1970, sont la principale explication de cette fréquence des accouchements gémellaires, mais pas la seule.
Un tiers de la hausse s’expliquerait par une raison moins connue : les maternités tardives. Cela peut sembler paradoxal, alors que passé le cap des 35-37 ans, les problèmes de fertilité s’installent. Mais plus l’âge de la future mère est élevé, plus elle est susceptible d’avoir de faux jumeaux. Le taux de l’hormone de stimulation folliculaire, responsable de l’ovulation, augmente dans le sang quand une femme vieillit, ce qui peut déclencher des ovulations multiples au cours d’un même cycle. Or, aujourd’hui, l’âge moyen des femmes qui accouchent est supérieur à trente ans… Enfin, la prédisposition héréditaire n’est pas à exclure.
PMA mieux encadrée
Trois nouveaux-nés sur cent étaient des jumeaux au milieu des années 1990, en Limousin. La région était alors au quatrième rang national derrière l’Île-de-France, la Bretagne et Provence-Alpes-Côte d’Azur. Depuis, le nombre de naissances multiples issues de mères domiciliées en Corrèze, Creuse et Haute-Vienne a diminué et s’est stabilisé autour de 1,4 %. L’encadrement des pratiques de la procréation médicalement assistée (PMA) a permis de limiter la survenue de ces grossesses.
A une époque, trois ou quatre embryons étaient systématiquement transférés, et ce quel que soit l’âge de la mère. C’est moins aujourd’hui. « Nous menons une politique de réduction des grossesses gémellaires depuis plusieurs années, explique Pascal Piver, le responsable du centre clinique d’aide médicale à la procréation de Limoges, à l’hôpital de la mère et de l’enfant (HME). Jusqu’à 35 ans, nous donnons le choix aux patientes entre un et deux embryons en expliquant le risque de grossesse gémellaire. Et la moitié des femmes choisit un seul embryon. Cela peut déboucher sur une grossesse de vrais jumeaux mais c’est rare. »
Dans le cas où deux embryons sont implantés, la patiente augmente ses chances d’avoir un bébé (48 % contre 38 %)… mais aussi d’en avoir deux : 20 %. « C’est seulement après quarante ans que nous pouvons aller jusqu’à trois embryons. »
Des prématuréspour moitié
Une plus grand prudence s’est donc imposée : « Les grossesses multiples présentent des risques et complications spécifiques », justifie Yves Aubard, chef du service de gynécologie-obstétrique à l’HME du CHU de Limoges.
L’un des risques les plus importants est la prématurité. A l’hôpital de la mère et de l’enfant, qui concentre la majorité des accouchements gémellaires de la région (83 sur 106 recensés par l’Agence régionale de santé en 2015), la moitié des nourrissons étaient nés trop tôt, avant la 37e semaine d’aménorrhée.