http://www.martinique.franceantilles.fr/regions/departement/infertilite-le-don-de-spermatozoides-et-d-ovocytes-enfin-elargi-337369.php
Désormais, tout homme, de 18 à 45 ans et toute femme 18 à 37 ans, n'ayant pas procréé et étant en bonne santé, pourra se porter candidat au don de spermatozoïdes ou d'ovocytes afin d'aider des couples infertiles à devenir parents.
Un vent nouveau souffle depuis peu dans l'univers de la procréation médicalement assistée. Une véritable lueur d'espoir pour tous les couples infertiles en mal d'enfants. Le 15 octobre, le décret d'application ouvrant la possibilité du don de gamètes (ovocytes et spermatozoïdes) aux personnes n'ayant pas procréé, a été (enfin) publié au Journal officiel, soit quatre ans après le vote de la loi de bioéthique de 2011. Ces nouvelles dispositions ne seront toutefois applicables qu'une fois l'arrêté publié, « peut-être avant la fin de l'année » , selon l'agence de biomédecine.
« Cette ouverture du don était très attendue » , précise le Docteur Guillaume Joguet, médecin biologiste responsable du centre de conservation de sperme du CHU de Pointe-à-Pitre. « Son but : améliorer la qualité des dons grâce à des donneurs plus jeunes et surtout booster le nombre de donneurs beaucoup trop insuffisant. Il nous manque un tiers, voire la moitié de dons d'ovocytes, pour répondre à la demande. Résultat : les couples en attente partent à l'étranger, en Espagne, en Belgique ou en Europe de l'Est, où ils payent très cher l'intervention, quand ils en ont, évidemment, les moyens. »
Et ce problème est encore plus criant aux Antilles. A ce jour, en Guadeloupe, 63 couples sont en attente d'un don de sperme (15 donneurs entre 2006 et 2015 et quatre retenus) et au moins 150 en attente d'ovocytes.
CONSERVER UNE PARTIE DE SON DON
« Lorsqu'une patiente blanche attend 18 mois pour un don d'ovocyte, une patiente noire attend 3 ans et demi, faute de donneuses de couleur » , poursuit le docteur Joguet. Autre avancée : la possibilité, pour le donneur ou la donneuse de conserver une partie de son don, sous réserve que la quantité prélevée soit suffisante. Il s'agit d'une mesure de précaution dans le cas où sa fertilité serait ultérieurement compromise et conduirait à un recours à l'assistance médicale à la procréation (avant 43 ans).
« Même si la démarche est médicalement lourde pour une femme, elle peut intéresser celles qui souffrent d'endométriose ou qui veulent privilégier leur carrière en repoussant l'arrivée du premier bébé » , confie le biologiste. « Ou encore une femme qui se remarie et qui souhaite fonder à nouveau une famille, en particulier si son conjoint n'a jamais eu d'enfant. Conserver son sperme peut aussi être un avantage pour les grands sportifs comme les cyclistes ou les pilotes de scooter des mers. Un choc violent peut facilement entraîner une nécrose des testicules. Cela peut aussi être une sécurité pour un couple dans le cas où l'un des deux souffre, un jour, d'un cancer de l'ovaire ou des testicules. »
Une telle avancée peut toutefois faire grincer quelques dents, notamment de certains gynécologues qui craignent les dérives, notamment l'apparition, chez les femmes, « d'une fausse assurance procréative » . En effet, rien ne dit qu'une donneuse aura des enfants plus tard. « Comment celles qui n'auront pas pu avoir d'enfant vivront la situation, sachant qu'elles auront potentiellement permis des naissances par ailleurs » , s'inquiète une responsable de CECOS (1) en France.
Et que fera-t-on des femmes célibataires ou en couple homosexuel qui voudront utiliser leurs ovocytes conservés ? La loi française l'interdit catégoriquement à ce jour et, depuis les cortèges de La Manif pour tous, le gouvernement ne souhaite pas rouvrir le débat. A suivre.
(1) CECOS : centre d'étude et de conservation des oeufs et du sperme. Pour plus d'informations : www.agence-biomedecine.fr.
(2) CECOS : centre d'étude et de conservation des oeufs et du sperme. Pour plus d'informations : www.agence-biomedecine.fr.
...Et ailleurs ?
L'anonymat est la règle dans quasiment tous les pays qui l'autorisent, hormis en Suède et au Royaume-Uni. Les Pays-Bas et la Belgique ont instauré une double possibilité : les donneurs choisissent de rester anonymes ou pas.
La gratuité fait l'unanimité en Europe. Certains pays, comme l'Espagne, proposent de compenser financièrement la pénibilité du processus de don. Ce n'est pas le cas en France qui interdit toute indemnisation et toute rémunération. A l'opposé, aux États-Unis, la législation permet d'acheter des ovocytes.
Deux grands principes : anonymat et gratuité
En France, le don de gamètes est encadré par la loi de bioéthique. Il répond à trois grands principes : volontaire, gratuit et anonyme.
Des informations sur les antécédents familiaux peuvent toutefois être données.
Un enfant qui nous ressemble
Les gamètes sont classés en fonction de plusieurs critères : le groupe sanguin, la couleur de peau, des yeux, des cheveux et le type de cheveux (raides, frisés, crépus...). Les praticiens font naturellement en sorte que l'enfant ressemble au futur père ou à la future mère. En Guadeloupe, pour éviter tout problème de consanguinité, les gamètes sont échangés avec la métropole entre les 24 CECOS (2). « Le but est d'obtenir en retour des gamètes donnés par des personnes noires, mais qui ne soient pas originaires des Antilles-Guyane précise Docteur Joguet. Elles peuvent donc provenir de donneurs d'origine africaine ou réunionnaise » .
REPÈRES
Qui peut donner ?
Un homme majeur, de moins de 45 ans et en bonne santé (prélèvement par masturbation).
Une femme majeure de moins de 37 ans et en bonne santé (ponction ovocytaire post stimulation ovarienne de 8 à 10 jours).
Si le donneur est en couple, le partenaire doit signer un consentement et être vu en consultation médicale.
À qui ?
Les spermatozoïdes et les ovocytes sont donnés à des couples, en âge de procréer, qui ne peuvent pas avoir d'enfant. Soit parce que l'homme n'a pas naturellement de spermatozoïdes ou la femme, naturellement d'ovocytes, soit parce que les gamètes présentent des anomalies, soit parce que, pour le soigner d'une maladie, l'homme ou la femme a subi un traitement qui a détruit ses spermatozoïdes (chimiothérapie ou radiothérapie) ou ses ovocytes.
Les gamètes peuvent également être destinés à des couples risquant de transmettre une maladie grave à l'enfant (par exemple une maladie génétique).
Quels examens médicaux ?
Les donneurs informent de leur état de santé et de leurs antécédents personnels et familiaux. Sans oublier la détermination du groupe sanguin, des tests sérologiques (hépatite, VIH, etc.), une consultation génétique et caryotype (analyse des chromosomes). Un psychologue rencontrera chaque candidat au don pour vérifier qu'il ne fait l'objet d'aucune pression et s'assurer du caractère altruiste de sa démarche.
Les gamètes congelés
Les spermatozoïdes et les ovocytes (vitrification ovocytaire) sont conditionnés puis conservés à très basse température, en vue d'une fécondation in vitro ultérieure.
Quelle prise en charge ?
La loi prévoit le remboursement intégral des frais engagés par les donneurs ainsi que la prise en charge des dépenses de soins par les établissements de santé en charge du prélèvement : consultations, actes et examens médicaux, indemnisation de la perte de revenus, ainsi que les dépenses de transport et d'hébergement assumées par le donneur pour lui-même et éventuellement pour son accompagnant. Les donneurs sont aussi exonérés du forfait journalier hospitalier et du ticket modérateur.