http://biomedicales.blogs.sciencesetavenir.fr/archive/2015/12/13/fecondation-in-vitro-un-bebe-concu-avec-un-sperme-congele-de-23394.html
L’histoire est relatée dans la presse anglo-saxonne en ce début décembre et vient de donner lieu à une notification dans le Guinness World Records. Elle fait état d’une naissance obtenue par fécondation in vitro (FIV) avec « le sperme le plus vieux au monde », comprenez celui qui a été le plus longtemps conservé à - 196°C dans de l’azote liquide. Jusqu’à présent, l’énorme majorité des grossesses avaient été obtenues avec des paillettes de sperme congelées jusqu’à 15 ans auparavant. Cette FIV a utilisé des spermatozoïdes congelés pendant une durée extrêmement longue : 22 ans et 329 jours !
Alex Powell, le père, n’avait que 15 ans quand il a appris qu’il était atteint d’un lymphome de Hodgkin, un cancer des ganglions lymphatiques. La chimiothérapie anticancéreuse qu’Alex allait recevoir avait pour effet secondaire probable de le rendre stérile. Pour préserver la fertilité de son fils, sa mère décida d’avoir recours à la congélation de sperme sur les conseils d’une personne avec laquelle elle avait discuté lors d’un voyage en train le jour même où elle avait appris le diagnostic de cancer de son garçon.
Lorsqu’une vingtaine d’années plus tard, Alex Powell, entre temps guéri de son lymphome, décide d’avoir un enfant avec son épouse, il s’avère que son traitement anticancéreux, toxique pour les gonades, l’a bien rendu stérile. Le couple décide alors d’avoir recours à une FIV avec le sperme d’Alex, congelé lorsqu’il était adolescent. Il faut savoir que les spermatozoïdes apparaissent dans le sperme éjaculé entre l’âge de 12 et 15 ans, la cryoconservation de sperme après recueil par masturbation n’étant en général proposée qu’à partir de 14 ans. La fécondation in vitro a lieu, après décongélation du prélèvement de sperme d'Alex, le 26 septembre 2014 à Brisbane (État du Queensland). Le 17 juin 2015 nait un petit garçon prénommé Xavier.
La naissance n’a été révélée que la semaine dernière à la presse australienne et britannique, le nourrisson allant bientôt avoir six mois. Avant lui, un enfant était né en 2002 à partir de gamètes qui avaient passé 21 ans dans des ampoules maintenues à - 196°C. Les spermatozoïdes étaient ceux d’un adolescent britannique de 17 ans chez lequel on venait de diagnostiquer une tumeur maligne testiculaire. Les traitements successifs (radiothérapie, chimiothérapie) avaient entraîné une azoospermie, une absence totale de spermatozoïdes dans le sperme. La technique de fécondation in vitro avait consisté en la micro-injection d'un spermatozoïde dans le cytoplasme d'un ovocyte mature prélevé chez l’épouse âgée de 28 ans. La seconde tentative de FIV avec injection intra-cytoplasmique (ICSI) avait aboutit à une grossesse et à la naissance d’un bébé de 3,7 kg. Cette naissance fut rapportée deux ans plus tard dans la revue Human Reproduction par des spécialistes en médecine de reproduction du St Mary’s Hospital de Manchester.
L’obtention d’une grossesse suivie d’une naissance après une FIV utilisant des spermatozoïdes cryopréservés pendant 21 ou 23 ans pourrait laisser à penser qu’il s’agit des durées maximales de stockage du sperme. Il n’en est rien. En octobre 2005, les médecins d’une banque de sperme américaine (Bethesda, Maryland) avaient utilisé des spermatozoïdes de 28 ans d’âge ! Plus précisément, décongelés après 28 ans et 11 mois. Les gamètes mâles avaient été utilisés chez une femme de 40 ans pour une insémination intra-utérine, autrement dit pour être injectés directement dans l'utérus. Contrairement aux cas australien et britannique décrits plus haut, les médecins américains n’avaient donc pas eu recours à une fécondation in vitro (FIV). L'insémination artificielle avait conduit à une grossesse et à une naissance.
Mais ce n’est pas tout. Ces observations font pâle figure au regard d’unarticle paru en 2013 dans le Journal of Assisted Reproduction and Genetics. Des médecins d’une clinique privée spécialisée en procréation assistée de la ville de Berkeley en Californie y rapportent qu’entre janvier et décembre 1971 un homme de 52 ans leur a demandé à ce que l’on conserve son sperme afin qu’il puisse un jour servir à des femmes désireuses d’avoir un enfant. Ce centre, spécialisé dans le don de gamètes et la gestation pour autrui (GPA), utilise finalement de 2009 à 2011 les échantillons de sperme de ce quinquagénaire. La receveuse est une femme homosexuelle de 25 ans qui a contacté l’établissement… après qu’elle ait noué contact, en dehors de la clinique, avec le donneur de sperme ! Une situation impensable en France où le don de sperme est anonyme aussi bien pour le couple receveur que pour le donneur, et où le donneur doit être âgé de moins de 45 ans. A noter qu’aux Etats-Unis, la Société américaine de médecine de la reproduction préconise que l’âge du donneur de sperme ne dépasse pas les 40 ans. Une recommandation que les médecins de la clinique privée californienne n’ont pas suivie, se contentant d’indiquer à la receveuse les conséquences délétères potentielles, d’ordre génétique, associées à l’âge avancé du donneur.
Avant utilisation, le sperme du donneur quinquagénaire a été conservé par congélation pendant une période comprise entre 39 ans et 10 mois et 40 ans et 9 mois. Il s’agit là de la plus grande durée de stockage par congélation de spermatozoïdes humains dans le cadre d’une assistance médicale à la procréation (AMP). Les paillettes de sperme ont été utilisées pour une insémination artificielle. Sans succès. Afin d’optimiser les chances de grossesse, une fécondation in vitro avec micro-injection d’un spermatozoïde dans l’ovocyte a ensuite été réalisée. La jeune femme est tombée enceinte à la seconde tentative et a accouché de deux jumelles en bonne santé de 2,6 et 2,9 kg.
Au total, ces observations montrent que les spermatozoïdes humains peuvent être cryopréservés pendant plus de 20 ans sans que leur pouvoir fécondant soit altéré. De fait, une fois congelé, le sperme peut être conservé aussi longtemps que le patient le désire. A croire qu’il n’y a donc pas de date de péremption pour le sperme congelé ! Un constat important dans la mesure où les enfants atteints de cancer et recevant aujourd'hui un traitement potentiellement stérilisant seront demandeurs, dans 20 ou 30 ans, d’une AMP. Un délai suffisamment long pour encore perfectionner la cryopréservation du sperme de patients adolescents mais également espérer des progrès en ce qui concerne la maturation in vitro de cellules reproductrices provenant du tissu testiculaire d'enfants prépubères.