http://www.journaldemontreal.com/2015/11/28/confusion-chez-les-couples-infertiles
Les mesures visant la fin du programme de fécondation in vitro portent tellement à confusion que plusieurs couples infertiles ne savent pas s’ils y ont encore droit. Certains craignent même de devoir jeter leurs embryons congelés.
Le gouvernement du Québec ne paie plus pour cette intervention depuis l’adoption du projet de loi 20, le 10 novembre dernier. Les couples qui veulent y recourir doivent dorénavant la payer de leur poche.
Mais ceux qui avaient déjà entamé les démarches reçoivent des informations contradictoires de la part des cliniques de fertilité et de l’Association des couples infertiles du Québec.
Ils ignorent s’ils devront acquitter les frais eux-mêmes, et le ministère demeure pratiquement sans réponse.
«C’est un flou épouvantable. La loi est adoptée, mais il n’y a eu aucune information pour assurer une transition. Je pense que je suis couverte par le régime public, mais ça change tout le temps. C’est déjà un processus difficile, on ajoute un stress inutile», s’inquiète Martine Vallée-Cossette, qui est en démarche pour avoir un deuxième enfant.
Jeter des embryons ?
Karine Savard devrait quant à elle, selon son médecin, payer pour avoir un deuxième enfant, tandis que l’Association des couples infertiles a compris le contraire.
Elle a déjà un lot de 14 embryons congelés issus d’une précédente fécondation in vitro. Elle a eu un premier garçon en janvier 2013 grâce à l’un de ces ovules.
Alors qu’elle s’apprête à commencer les démarches pour tomber enceinte une seconde fois, elle ignore si elle pourra utiliser ses embryons.
«On me dit que je n’ai pas droit à la gratuité, car la grossesse de mon fils provient du même lot d’embryons. J’y aurais droit si j’avais refait une nouvelle fécondation in vitro. Ça n’a pas de sens. Le gouvernement a payé pour ces embryons-là et on voudrait que je les jette et que je recommence?» dénonce Mme Savard.
« Méchant bordel »
Après deux tentatives de fécondation in vitro incluant une fausse couche, Julie Cummings et son conjoint ont quant à eux voulu tenter leur chance de nouveau en avril dernier.
Mais comme Mme Cummings a déjà eu une grossesse – même si elle n’a pas été menée à terme –, elle ignore si elle est couverte ou non en vertu des nouvelles règles mises en place.
«On est vraiment stressés, on ne sait pas où se tourner, la clinique ne semble pas savoir. Ces mesures précipitées nous donnent un méchant bordel», laisse-t-elle tomber.
« C’EST DE LA TOTALE IMPROVISATION »
«C’est l’enfer sur terre, la panique générale. Ils ont passé et sanctionné une loi rapidement et aucune réglementation n’a été donnée aux cliniques», dénonce Céline Braun, présidente de l’Association des couples infertiles du Québec.
L’information fournie aux cliniques de fertilité concernant la transition vers la fin du programme de fécondation in vitro arrive au compte-gouttes et est interprétée différemment d’une personne à une autre.
«C’est de la totale improvisation de la part du gouvernement. On modifie les critères sans cesse», s’insurge le Dr Pierre Miron, de la clinique Fertilys.
De son côté, le ministère de la Santé et des Services sociaux assure que les balises sont clairement définies.
«On a publié un communiqué pour préciser les directives le 19 novembre dernier et transmis l’information aux professionnels de la santé», a insisté Noémie Vanheuverzwijn, porte-parole du ministère.
Le ministre de la Santé, Gaétan Barrette, a également assuré devant l’Assemblée nationale, jeudi, qu’il avait «apporté les ajustements nécessaires pour ne pas léser les patientes».
Citoyens de seconde zone
Cette affirmation est vivement contestée par le Dr Miron. «Le ministre a vraiment du culot de dire que les critères sont clairs. Ce sont des mensonges. Tout devient du cas par cas. On doit appeler au ministère pour chaque patiente afin de savoir si elle est couverte ou non. On traite ces couples comme des citoyens de seconde zone», dénonce-t-il.
Mais l’Association des couples infertiles s’est finalement entendue avec le ministère, hier en fin de journée, pour publier dès la semaine prochaine un document conjoint afin de tout clarifier.
«On va leur fournir les questions et eux vont nous envoyer les réponses. On espère que, de cette façon, on va avoir une information complète et valide et qu’on mettra fin à l’interprétation», conclut Mme Braun.